Voici le discours que j’ai prononcé lors des vœux de la Fédération du PS Luxembourg, le 19 janvier 2026 à Libramont.

 » Chères amies, Chers amis,

En ce début d’année, je vous présente tout d’abord mes meilleurs vœux de bonheur et de réussite pour cette nouvelle année 2026.

2025 ne s’était pas spécialement finie de manière joyeuse pour les Provinces. A peine le discours de la Présidente du Collège provincial terminé lors de la séance des vœux au personnel, nous prenions connaissance de la note d’orientation du Gouvernement wallon par rapport à l’institution provinciale. Après presque 200 ans d’existence, le modèle provincial est en effet remis fortement en cause par le Gouvernement MR-Engagés.

Et le cadeau qu’a laissé sous le sapin de Noël ce Gouvernement wallon fin décembre n’est ni plus ni moins que la fin de l’institution provinciale. Plus d’élection directe du Conseil provincial, plus de collège provincial, plus d’autonomie financière,…

Ce qui se joue aujourd’hui avec cette « réforme » des Provinces n’est pas une simple réorganisation administrative. C’est un choix politique et un choix idéologique qui s’oppose à notre vision : celle que nous défendons, celle d’un service public fort, solidaire, proche des citoyens, répondant aux besoins de notre réalité rurale.

À la Province de Luxembourg, nous n’avons jamais refusé la réforme. Nous travaillons depuis des années sur nos missions, nos compétences, notre organisation. Nous avons mené une réflexion approfondie avec les communes et les acteurs de terrain, notamment à travers la démarche « Luxembourg 2030 ». Nous avons pris nos responsabilités.

Mais ce que le Gouvernement wallon propose aujourd’hui, c’est une réforme pensée loin du terrain, loin de la réalité sociale de notre province.

La première inquiétude est financière. Car la première conséquence de la fin des élections provinciales, c’est l’impossibilité pour la future structure « provinciale » de pouvoir lever l’impôt et donc se doter des moyens nécessaires à son action. Elle ne pourra vivre que de subventions venant soit de la Région, soit des communes. Et donc aucune autonomie dans sa prise de décision et dans son champ d’actions.

La deuxième inquiétude, qui découle directement de la première, concerne les services publics concrets, ceux que nos concitoyens utilisent chaque jour et qui ont été mis en place par la province pour répondre aux besoins de notre territoire.

Ils veulent transférer les compétences provinciales vers les communes, une assemblée de bourgmestres, vers la Région ou la Fédération Wallonie-Bruxelles. Parce que celles-ci seront alors mieux exercées ! Mais quel mépris pour le travail effectué par les agents provinciaux depuis de si nombreuses années.

Comment et avec quels moyens financiers ? La note d’orientation ne présente aucune vision, aucune méthode ! Ce qui appelle à la plus grande vigilance.

Ainsi, que feront-ils de l’enseignement spécialisé provincial ?

Aujourd’hui, la Province est le pouvoir organisateur de plusieurs écoles spécialisées essentielles pour notre territoire : l’école provinciale d’enseignement spécialisé de Mont, du Val d’Aisne, de Forrières, de Bertrix ou de Ethe. Ces établissements accueillent des enfants et des adolescents venant de toute la province, parfois de très loin, parce qu’il n’existe pas d’alternative suffisante au niveau du libre ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Qui gérera demain ces écoles, qui financera les bâtiments, qui organisera ces écoles, qui garantira la stabilité des équipes éducatives et paramédicales ? À ces questions essentielles, le Gouvernement ne donne aujourd’hui aucune réponse.

Que feront-ils en matière de santé mentale ? La Province finance et organise quatre services de santé mentale qui voient chaque année exploser les demandes d’aide pour les enfants, les adolescents et les adultes du Luxembourg. Nous savons tous ici que la détresse psychologique augmente, que les listes d’attente s’allongent, que les situations deviennent de plus en plus lourdes. Qui reprendra ces services demain, avec quels moyens, avec quel personnel ?

Même interrogation pour la politique de santé au sens large, menée en lien étroit avec Vivalia, notre intercommunale hospitalière : l’aide médicale urgente, les hôpitaux, la psychiatrie, la prévention, l’attractivité des médecins en zone rurale. Qui prendra des initiatives dans ces matières pour notre territoire rural ?

La même question se pose encore pour les politiques sociales provinciales : les services et les primes mis en place pour les personnes porteuses de handicap, les personnes âgées, les familles précarisées, les jeunes en détresse ou en danger.

Même chose pour la culture, avec le réseau des bibliothèques, le bibliobus, le soutien aux centres culturels, aux festivals et aux artistes. Et bien d’autres domaines ?

Tout cela, ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des services publics concrets, ancrés dans notre quotidien.

Tout cela se fait donc sans aucune concertation avec les provinces, simplement appelées à fournir un tableau avec 2 catégories : les compétences prioritaires et indispensables et les autres… et les communes qui doivent mentionner les compétences supracommunales de la province à conserver. Quel amateurisme !

Mais surtout quel mépris pour notre institution, seule dans le collimateur du GW.

Et le mépris porte également sur les agents provinciaux. Ainsi, le ministre Desquenne déclarait en octobre dernier qu’il voulait affecter les agents provinciaux au service des CPAS pour les aider à faire face à l’afflux de bénéficiaires. Il rajoutait que c’était aussi une façon d’occuper des travailleurs qui vont manquer de travail.

Voilà comment il parle aujourd’hui de travailleuses et de travailleurs publics qualifiés, engagés parfois depuis vingt ou trente ans au service de la population, comme s’ils étaient interchangeables, comme si leurs compétences pouvaient être déplacées par simple décision.

La note d’orientation parle du maintien des services et du personnel alors qu’il annonce déjà que ceux-ci manqueront de travail. Cherchez l’erreur…

Nous disons oui à une réforme, mais une réforme financée, concertée, qui renforce les services publics, qui respecte les travailleurs et qui protège les citoyens. Nous demandons une véritable table ronde avec les communes, les intercommunales, la Province, les syndicats et le monde associatif.

Parce que derrière les structures institutionnelles, il y a des enfants dans nos écoles spécialisées, des patients en souffrance psychique, des personnes âgées isolées, des familles précarisées, des agents publics engagés. Parce que derrière les budgets, il y a des choix de société.

Et nous, socialistes, nous avons fait le nôtre.

Nous défendrons toujours la solidarité entre territoires, l’égalité d’accès aux services publics, la proximité et la démocratie locale. Mais surtout, nous ne resterons pas spectateurs. Nous ne laisserons pas démanteler, dans le silence, ce que des générations d’élus, de travailleurs publics et de militants ont construit patiemment en Province de Luxembourg. Nous ne laisserons pas décider à notre place de l’avenir de nos écoles spécialisées. Nous ne laisserons pas affaiblir nos services de santé mentale, nos politiques sociales, notre action culturelle, notre soutien aux communes, notre développement économique. Nous ne laisserons pas transformer nos agents provinciaux en simples variables d’ajustement budgétaire.

Notre province mérite mieux que d’être une ligne secondaire dans une réforme pensée pour d’autres réalités. Elle mérite du respect, elle mérite des moyens, elle mérite une vision politique fondée sur la justice sociale et l’égalité territoriale. Oui, nous voulons une réforme, mais une réforme avec nous, pas contre nous, une réforme avec les citoyens, pas sans eux, une réforme qui renforce le service public au lieu de le démanteler.

Notre rôle n’a jamais été d’accompagner les reculs sociaux. Notre rôle a toujours été de les combattre. C’est dans notre ADN, c’est notre histoire, c’est notre responsabilité. En 2026 comme hier, nous resterons le rempart contre l’abandon des territoires ruraux, contre la casse des services publics et contre le mépris social.

Alors restons mobilisés, restons unis, restons combatifs, pour la Province de Luxembourg, pour ses habitants, pour ses travailleurs et pour nos valeurs.

Bonne année militante à toutes et à tous, et à très bientôt sur le terrain, dans les luttes et dans les combats à venir. »

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