À la suite de l’annonce, le 18 décembre 2025, d’une réforme visant à supprimer progressivement le niveau politique des Provinces wallonnes, le débat institutionnel s’est intensifié à tous les niveaux de pouvoir.

Dans ce contexte, la Province de Luxembourg a rapidement fait entendre sa voix en construisant un large consensus politique autour de l’avenir de son institution provinciale.

Les Provinces constituent actuellement un niveau de pouvoir intermédiaire entre les Communes, les Régions et l’État fédéral. À ce titre, la Province de Luxembourg joue un rôle central en matière de coordination, de mutualisation des moyens et d’actions supracommunales. Elle agit en complémentarité avec les communes, les intercommunales, la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Fédéral.

Ses compétences sont nombreuses et variées : enseignement spécialisé, accompagnement des personnes à besoins spécifiques, santé publique, soins hospitaliers, santé mentale, promotion des métiers en pénurie, santé scolaire, sécurité et services d’urgence, mais aussi tourisme, agriculture, économie, formation, culture et sport.

L’atout d’une province, c’est en effet de répondre à un besoin identifié sur son territoire et d’y apporter une réponse rapide, adaptée, pérenne et concertée, et cela quelque soit le domaine d’action. La notion d’intérêt provincial y est centrale.

Des exemples : l’école secondaire spécialisée de Bertrix, la lutte contre les pénuries de médecins et d’infirmiers, la création d’Aube pour l’accueil des enfants en souffrance, la lutte contre la pénurie de vétérinaires, etc.

Ça, c’est l’action provinciale !

Depuis 2012, la Province de Luxembourg a entrepris des efforts importants : réduction du nombre de bâtiments, diminution des dépenses de fonctionnement (notamment énergétiques), suppression de 150 équivalents temps plein sans licenciement entre 2012 et 2025, et recentrage progressif de ses missions.

Son territoire présente par ailleurs des caractéristiques particulières (grande superficie, population dispersée et faible densité) qui nécessitent une organisation spécifique des services publics et un accompagnement renforcé des communes.

La réforme lancée par le ministre Desquesnes vise à supprimer progressivement le niveau politique des Provinces wallonnes. Elle prévoit notamment la disparition des conseils provinciaux, leur remplacement par une assemblée de bourgmestres et un transfert des compétences vers d’autres niveaux de pouvoir, avec une mise en œuvre progressive à l’horizon 2030.

L’inscription de cette réforme doit obligatoirement s’inscrire dans une réflexion plus globale autour de notre paysage institutionnel wallon. Réformer les provinces sans penser la place des communes, de la supracommunalité, des zones de secours et de police, des intercommunales, des CPAS, des sociétés de logement, des parcs naturels, des GAL,… et de l’articulation de ces institutions entre elles n’a pas beaucoup de sens. Il faut donc élargir le débat et ne pas se contenter des seules provinces.

Toute réforme doit aussi s’inscrire dans une logique « bottom-up » et doit permettre à chaque institution de répondre aux besoins de son territoire et de sa population, et non pas dans une logique « top-down » où tout se dessine depuis Namur sans concertation réelle et approfondie avec les territoires. Il faut pouvoir dès lors assumer des réponses asymétriques aux besoins des territoires.

Il est également indispensable de renforcer les garanties démocratiques des institutions, avec un contrôle démocratique clair et lisible, davantage de transparence et de participation citoyenne, une légitimité démocratique forte, le maintien d’une représentation proportionnelle et la prise en compte de tous les territoires en fonction de leur poids démographique 

Il faut se l’avouer et les récentes interventions du Ministre et les séances organisées par son cabinet dans les différentes provinces le prouvent, de nombreuses incertitudes subsistent, notamment concernant le soutien aux communes, le maintien de l’emploi et le statut des travailleurs, le financement des zones de secours ou encore le respect de la neutralité budgétaire pour les communes et les citoyens.

Dans ce contexte, un consensus s’est dégagé en province de Luxembourg, notamment sur base de la position du PS luxembourgeois. Celui-ci insiste sur plusieurs principes essentiels :

  • Toute réforme doit s’inscrire dans une volonté de modernisation et de simplification administrative.
  • Cette réforme doit consolider les missions supracommunales pertinentes.
  • Elle doit également garantir la proximité des décisions et le respect du principe de subsidiarité. Nous exigeons aussi des garanties fermes quant au maintien des services rendus à la population, afin d’éviter toute dégradation de l’offre publique.
  • Nous exigeons la reconnaissance des spécificités du territoire luxembourgeois et le maintien des services développés pour y répondre.
  • Le respect du personnel provincial doit être pleinement garanti, tant en matière de maintien de l’emploi que de préservation des salaires et des avantages acquis.
  • Enfin, nous insistons sur la nécessité de préserver la fiscalité luxembourgeoise et de s’assurer que les moyens financiers prélevés sur notre territoire continuent de bénéficier directement à ses habitants. 1€ payé via l’impôt provincial doit rester 1€ entièrement investit dans la province de Luxembourg.

L’ensemble des forces politiques de la Province plaide ainsi pour une réforme constructive, respectueuse du travail des agents provinciaux et orientée vers le renforcement des services aux citoyens, tout en assurant la stabilité de l’emploi.

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